Max de Sarah Cohen-Scali

Une plongée fascinante et glaçante au cœur de la seconde guerre mondiale


Max couverture.jpg

titres peintureLe roman débute en 1936 à Steinhöring, en Bavière, dans le premier foyer du programme   « Lebensborn », initié par les services de Himmler.Des femmes sélectionnées par les nazis y mettent au monde les représentants de la race aryenne, afin de créer une jeunesse parfaite, destinée à régénérer l’Allemagne, puis l’Europe occupée par le Reich. Max, un bébé qui s’apprête à naître, déjà nourri de la doctrine nazie dans le ventre de sa mère, tient absolument à voir le jour le 20 avril, date anniversaire du Führer, afin d’être un prototype parfait. Max, rebaptisé Konrad, grandit, sans affection, sans tendresse, sans maman, selon les critères d’éducation de la doctrine nazie. À quatre ans, il devient la mascotte du foyer. On l’utilise pour aider à kidnapper des enfants polonais. À six ans, il fait un séjour à Kalish, une école où sont germanisés les enfants kidnappés. Là, il rencontre Lukas, un jeune Juif polonais rebelle, qui a tous les critères physiques de la race aryenne. Konrad se prend d’amitié pour lui.   C ‘est la première fois qu il s’attache à quelqu’un. À partir de cet instant, ses croyances nazies vont être sérieusement ébranlées…

Attention, ce livre ne convient pas aux jeunes lecteurs. À partir de 15 ans (Gallimard Jeunesse)


Écrit par Sarah Cohen-Scali

Gallimard Jeunesse (Pôle Fiction)

Paru en avril 2015

480 pages

Prix : 8,15 €


Mon avis

                J’ai trouvé ce roman vraiment particulier. J’aime généralement les livres qui traitent de la seconde guerre mondiale, j’en ai déjà lu quelques uns, mais jamais un comme celui là. Max est très riche et bien documenté. Les faits qui l’ont inspiré ont réellement existé et c’est glaçant. Ici on a un point de vue très singulier : celui de Max, c’est ce qui fait la force du récit.

« Je sais qui sont ces bébés. Je sais comment ils ont été fabriqués. Je sais qui les a fabriqués, qui a demandé qu’on les fabriques, qui les a triés pour ne garder que les plus réussis. Je sais où vos soldats peuvent en trouver d’autres. Je sais tout. J’ai été le premier de ces bébés. »

                Max est donc un des enfants du projet «Lebensborn», habituellement, on a plus souvent le point de vue de personnages persécutés, que de personnages qui vivent (et qui sont même nés) grâce au IIIe Reich. Son point de vue dérange, avant même sa naissance, il est influencé par les nazis. Ses pensées et réflexions m’ont plus d’une fois mise mal à l’aise. En effet, pour lui rien d’autre ne peut exister que l’idéologie avec laquelle il est né. Il est totalement dévoué au nazisme et vénère Hitler. C’est une expérience difficile de se mettre dans sa peau. D’essayer de simplement comprendre sa vision du monde quand on connaît l’Histoire et tout le mal qu’ont fait les personnes qui entourent Max et qu’il admire tant.

« Et je crois bien qu’en temps de guerre, pour un enfant, les années comptent double. »

                C’est un roman criant de vérité. L’autrice parvient à travers Max à nous faire passer des messages forts et à nous montrer d’autres côtés de la guerre qu’on ne voit pas forcément en cours d’histoire. On comprend que les souffrances ne s’arrêtent pas à ce qu’on nous apprend. Qu’en plus des génocides, des batailles, des famines, de toutes ces innombrables choses horribles, il y en a eu encore bien plus. Des choses qu’on ne pourrait même pas imaginer.

                Dans Max, on parle beaucoup du projet «Lebensborn» et de toute sa logistique, c’est effrayant. C’était bouleversant de découvrir que les souffrances ne s’arrêtaient jamais, et de voir encore une autre partie de l‘horreur de cette guerre et de ses ravages sur la population. Ce roman plante encore d’autres enjeux de la guerre auxquels on ne pense pas en premier, mais qui font bien partie des souffrances causées par la guerre. La violence générale était telle que des actes comme ceux-là, en comparaison semblent moindres, mais qui pourtant continuent de prouver que l’horreur était partout.

« Je DOIS être blond. Je DOIS avoir les yeux bleu. Je DOIS être vif.
Elancé.
Dur.
Coriace.
De l’acier de Krupp.
Je suis l’enfant du futur. L’enfant conçu sans amour. 
Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. »

                Le personnage de Max est spécial. On entre dans sa tête alors qu’il n’est même pas encore né, et qu’il est déjà profondément marqué par le nazisme. C’est un être à part, parfois très dur et cruel (au fond, ce qu’on lui a appris à être) mais il a tout de même su me toucher. J’ai adoré être bouleversée par Max, qui même en étant enfant en comprenait beaucoup trop. J’ai été passionnée par l’évolution de sa personnalité pendant les années où on le suit. Ma partie préférée était quand il était nourrisson, je ne saurais l’expliquer mais j’ai adoré rentrer dans sa tête alors qu’il était à peine né. Ça a été pour moi une expérience nouvelle que j’ai énormément appréciée.

« Pour qu’un mensonge soit crédible, j’ai découvert qu’il fallait l’agrémenter de quelques éléments de vérité. »

                Cette lecture est choquante et bouleversante. C’est très bien écrit et Sarah Cohen-Scali ouvre de nombreuses réflexions sur la guerre, l’idéologie nazie, le droit de vie et de mort, la traite des enfants, les dommages psychologiques de ces pratiques de vie sans amour, sans sentiments… D’innombrables questionnements qui découlent de faits dont on parle peu, mais qu’il est important de connaître.


 

Un coup de cœur !

 – ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

(Lu en juin 2018)

 

 

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3 commentaires

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